Sculpteurs de glace, mes héros !

Au Québec, Saint-Côme est à la sculpture sur glace ce que les Îles de la Madeleine sont aux châteaux de sable. La Mecque. Rien de moins. Et lors du dernier jour du 35e Festival Saint-Côme en glace, j’ai eu le grand bonheur de m’y faire initier, à quarante douze degrés sous zéro. Dans un tel contexte, le terme « initiation » est (oh combien !) pertinent. Parce que sculpter la glace, cher lecteur, c’est pas pour les moumounes.

Pas de niaisage !

Naïvement, je m’attendais à un atelier avec une partie, disons, magistrale, ou du moins une mini introduction théorique. Du genre : la sculpture sur glace existe depuis tant d’années, à Saint-Côme voici notre tradition, les différentes écoles de pensées de cet art, ce qu’on vous propose d’expérimenter aujourd’hui, descriptif des étapes, etc.

Que nenni.

Dès mon arrivée, Paul Denommé a mis un outil dans mes mains, et sans autre cérémonie, m’a dit : « toi, tu vas faire le nez. »

Vlang. On niaise pas avec la puck à Saint-Côme. On vous met dans l’action, tusuite.

Vision 3D

Le nez de qui ? Cléopâtre ? Cyrano de Bergerac ? Pinocchio ? Non non non. Mon tout premier défi de sculpteuse sur glace a été de façonner le pif de… (Roulements de tambour)… Milou ! Ouah !

« Facile ! direz-vous, une boule ronde. C’est pour amuser les enfants, ce genre de tâche ! » Eh ben, cher lecteur, ça n’était pas si évident que ça vous saurez. Il fallait visualiser ladite boule ronde dans sa juste proportion et à sa bonne place par rapport au reste de la tête du chien (pas encore sculptée) dans une vision 3D. Et c’est pas le genre de chose que je fais tous les jours… Alors le défi était en masse difficile pour moi.

Une équipe improvisée

Pendant que je me grattais le casque de poils en me demandant par quel bout du nez j’allais commencer, Chantal et Jean s’activaient déjà à sculpter le corps du chien. Nous étions donc trois (quatre avec Paul) à travailler sur la même œuvre.

Chantal, une sympathique dame de Saint-Damien, avait de formidables mitaines de fourrures dignes des Innus du Grand Nord. Je n’ai pas pu m’empêcher de la complimenter au sujet de ces impressionnantes beautés qui avaient l’air TELLEMENT chaudes ! « Je les ai faites moi-même, à partir d’un vieux manteau que j’avais et qui perdait ses poils. » Me dit-elle. Wow. Si elle est assez habile pour se coudre des mitaines de fourrure à partir d’un manteau, elle doit l’avoir, elle, la vision 3D…

Jean, un sympathique monsieur de Sainte-Émilie-de-l’Énergie semblait vraiment bien savoir où il s’en allait. Il m’a révélé qu’il est un artiste spécialisé dans le bas relief. Avec deux personnes déjà habiles de leurs mains, j’avais affaire à des coéquipiers compétents. On a effectivement fait une belle équipe. Mais, cher lecteur, je vous laisserai juger du résultat !

Revenons au nez…

Notre Milou préféré avait déjà été dessiné au crayon sur la glace. — Je ne savais pas qu’on pouvait dessiner sur la glace ! — « Pas avec n’importe quel crayon ! » me dit Paul. Puis il me montre les deux types de crayons qu’il utilise. Un crayon à mine et un crayon-feutre. « Le crayon-feutre dure moins longtemps. Je préfère le crayon de menuisier. Mais attention, il faut acheter en quincaillerie celui avec le manche blanc. Les autres ne fonctionnent pas sur la glace. » Précise Paul.

Donc, nous avons un grand rectangle de glace sur lequel est dessiné Milou, en 2D. Paul a déjà dégrossi la forme avec sa scie à chaines. Chantal et Jean sont en train de préciser la silhouette du corps à la main, avec un genre de gros ciseau à bois.

Paul me tend la mini figurine de Milou qui nous sert de modèle. J’analyse la tête. Puis je demande à Paul de dégrossir un peu plus avec sa scie mécanique. Il s’exécute. Puis, en prenant un grand respire, je m’attaque à la tâche du fameux nez…

Atelier sculpture sur glace 2016

Notre modèle!

Atelier de sculpture sur glace 2016

Milou esquissé au crayon

Un nez ne vient jamais seul

Par définition, un nez, c’est attaché à une tête. Alors je n’ai pas eu le choix de sculpter la tête de Milou en même temps que son museau. Et de fil en aiguille, j’ai commencé les oreilles, puis la gueule, et une tentative d’os. « Milou sans son os, c’est pas Milou ! » me fait remarquer Jean. Certes !

L’ennui, c’est que l’os du modèle dépasse de beaucoup la tête du pitou de chaque côté. Je n’ai pas cette marge de manœuvre avec le bloc de glace que nous avons. Paul me dit : « C’est correct, je vais sculpter l’os à part, et on va l’ajouter à la sculpture à la toute fin, pour éviter qu’il se brise quand on travaille. »

Donc, on peut ajouter des morceaux ? Comment on fait ça ? « En slotchant. » M’informe Paul. Bon. Je verrai bien en quoi consiste ce fameux slotchage le moment venu.

Une pouponnière pour la relève

Entre deux jobs de scie à chaines, j’en profite pour questionner Paul. A-t-il enseigné à beaucoup de gens à sculpter la glace ? Il me révèle alors que cet atelier d’initiation est une activité très importante et même essentielle du Festival Saint-Côme en glace. « L’an passé, un jeune homme de 14 ans, de Sainte-Julienne, est venu. Il m’a dit : monsieur, je veux sculpter. Il avait sa propre scie à chaines et savait s’en servir. Il a appris très vite ! Cette année, il est l’auteur de 3 des sculptures qu’on voit au village. » Plusieurs artistes, maintenant bien connus dans le domaine, ont fait leurs premières armes lors de cet atelier, offert tous les ans.

Atelier sculpture sur glace 2016

Une équipe d’enfants et leur grenouille. La relève?

L’inspiration donnée par les maîtres

Paul Denommé n’était pas le seul vétéran en place ce jour-là. Guy Laverdière a travaillé tout l’après-midi sur une nouvelle œuvre.

En arrivant sur les lieux, j’avais observé le dessin d’un cowboy en plein rodéo sur son cheval, avec moult détails, sur un des blocs de glace, et me suis demandé qui serait assez fou pour faire un truc aussi compliqué !

Hem. Ben, c’est Guy. Il a travaillé presque tout le temps avec sa scie mécanique. J’étais sidérée de voir l’adresse, la précision et la rapidité avec laquelle il manie son outil. Nous n’avons eu aucun échange (je n’ai pas osé le déranger), mais juste le regarder faire était un enseignement en soi.

J’aurais bien aimé observer Paul travailler sur son formidable phare, une beauté poétique toute en détail. Il a dû le faire deux fois, à cause de la pluie qu’on a eue… Quelle persévérance, et quelle passion !

Petit résumé des techniques que j’ai apprises

Voici les étapes qu’on a suivies pour la création de notre sculpture de Milou :

  1. Dessiner la forme en 2D sur le bloc de glace (déjà fait en arrivant)
  2. Dégrossir avec une scie mécanique (Paul s’en est occupé)
  3. Continuer à dégrossir avec le gros « ciseau à bois »
  4. Finition avec l’exacto (une spécialité de Paul !) pour égaliser les volumes
  5. Finition avec une bit spéciale sur une perceuse pour sculpter les détails
  6. Finition au chalumeau pour faire briller

Slotcher
Lorsqu’on ajoute des morceaux au bloc de départ, on les colle avec de la neige trempée dans l’eau. La neige mouillée colle le morceau en gelant. On doit donc tenir la pièce en place et attendre que le mélange d’eau et de neige soit bien gelé avant de le lâcher. C’est ce qu’on appelle slotcher. Paul a fait ça à mains nues, à moins trente degrés. Il est un héros à mes yeux, juste pour ça ! On a utilisé ce procédé pour coller l’os dans la gueule de notre Milou. On s’en est servi aussi pour replacer sa queue qui s’était cassée. Après la réparation, oh magie, rien n’y paraissait !

Assise de la sculpture
Il fallait faire gaffe avec les pattes de l’animal. Tout ce qui tient la sculpture au sol doit être pensé et protégé. La moindre fragilité dans le socle de la sculpture peut tourner au désastre. Donc, pour ce qui est de la patte de Milou qui ne portait pas à terre sur le modèle, on a « triché », en laissant la glace de ce morceau bien soudé au socle. On a simplement creusé un tantinet la partie « aérienne » pour faire semblant que sa patte ne touche pas au sol. Un effet trompe l’œil.

Un immense merci à Paul Denommé et à tous les organisateurs du Festival Saint-Côme en glace !

Pendant tout le temps de l’atelier, qui a duré 2 bonnes heures, je n’ai pas eu froid pantoute ! J’ai eu beaucoup de plaisir ! Je me souviendrai longtemps de ce bel après-midi du 14 février 2016. Je n’aurais pas pu trouver meilleure idée pour me gâter en cette journée de la Saint-Valentin, combiner en une seule activité 3 choses que j’adore faire : apprendre, jouer dehors, et « gosser » avec mes mains. Je suis revenue à la maison avec une nouvelle compétence, et complètement ravie d’avoir passé du temps avec de belles personnes inspirantes. À refaire ? Assurément !

Atelier sculpture sur glace 2016

Je t’aime Saint-Côme! Sculpture de Nathalie Roch et François Primeau

 

Marie-Jacques Rouleau
Résidente de Rawdon, blogueuse invitée par la Municipalité de Saint-Côme

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