Cinq lutins et un refuge

Lorsque j’ai commencé à dire autour de moi que j’allais passer une nuit en refuge à Saint-Côme en février, plusieurs m’ont parlé de celui du Belvédère. « C’est le plus chouette! » – « C’est celui avec la plus belle vue! » – « C’est le plus grand! Il loge 6 randonneurs! »

Tiens, tiens, 6 personnes?

Lutins recherchés

Lorsqu’on a 20 ans, c’est facile de recruter des copains pour partir à l’aventure en pleine forêt, pas d’eau et pas d’électricité. Dormir sur une plateforme de bois n’est pas un problème avec un corps jeune et souple. Passer une nuit sur la corde à linge à se lever toutes les deux heures pour mettre une buche dans le poêle, bah, c’est faf, quand on a l’habitude de danser jusqu’à 5 heures du mat.

Mais… à plus de 40 balais? Qui sera assez fou parmi mes amis pour m’accompagner dans ce projet? Qui sacrifiera un samedi soir douillet à cocoonner en famille sur le sofa?

Après de nombreux refus polis, 4 potes ont finalement répondu par l’affirmative. Isabelle, qui habite à Saint-Liguori, rêvait de dormir dans ce refuge depuis qu’elle l’a visité en plein jour par une belle journée d’automne. André, Marie-Claude et Guillaume, des Montréalais maniaques de plein air, ont dit oui tout de suite, même si Marie-Claude ne pouvait pas partir avant 15 h 30 de Montréal. « Pas grave! On va aller vous rejoindre au refuge à la frontale! »

Yé ! Ça, c’est des vrais lutins des bois qui n’ont pas peur de l’aventure!

Le défi du sac à dos

Il faut parcourir environ 1 km à partir de l’accueil pour se rendre au refuge du Belvédère. Rien d’exigeant. Mais comme j’avais envie de profiter de mon séjour pour explorer les sentiers du parc de la Chute-à-Bull, je ne voulais pas apporter trop de matériel. Voici ce que j’ai choisi de mettre dans mon sac à dos:

  • Un petit sac de couchage de vélo
  • Par insécurité, j’ai apporté aussi une doublure en polar pour mon sac de couchage. Pas question d’avoir froid la nuit, si on dort tout droit sans nourrir le poêle à bois!
  • Un tapis de sol compact Themarest gonflable.
  • Une gamelle simplifiée : un seul chaudron pour faire chauffer de l’eau, un poêlon pour les crêpes et une cuillère/fourchette.
  • Un linge à vaisselle et une éponge à récurer
  • Une petite trousse de premiers soins
  • Une mini lampe frontale
  • Des vêtements de rechange : petites culottes, bas, deux hauts et un legging
  • Une mini trousse personnelle : brosse à dent, soie dentaire, crème pour le visage, mini débarbouillette en coton et des bouchons pour les oreilles pour me prémunir des vilains ronfleurs. André et Guillaume vont faire trembler le dortoir, c’est sûr!
  • Un sac de plastique pour les poubelles
  • Un rouleau de papier de toilette
  • Des allumettes
  • Un jeu de cartes

Mais ce qui est de loin le plus lourd dans un sac, c’est la bouffe et le liquide :

  • Du pouding au chocolat maison pour toute la gang
  • 6 petites crêpes déjà cuites et congelées
  • 5 boules d’énergie
  • Des crudités (carottes et céleri)
  • De la purée de fèves noires
  • Des craquelins
  • Du jus de canneberge dans une bouteille de plastique
  • Une réserve d’eau d’environ un litre
  • De la soupe pour deux dans un thermos
  • De la tisane réchauffante (Épices de Bengale) dans un thermos

Parc de la Chute-à-Bull, préparatifs

C’est fou tout ce que ça prend pour une seule nuit dans un refuge ! Je pensais que j’apportais trop de choses mais quand j’ai vu mon amie Isabelle, ça m’a calmé. En plus de son sac à dos, à peu près de la même taille que le mien, elle avait un traineau d’enfant dans lequel elle a attaché une grosse poche IKEA pleine de stock !

Voici ce que le site du parc recommande pour les bagages (pdf). Nous nous en sommes tous inspirés.

Un accueil chaleureux au refuge du Belvédère

Lorsqu’Isabelle et moi sommes arrivées au parc de la Chute-à-Bull, on a décidé de laisser les raquettes dans l’auto, car l’employé qui nous a accueillies nous a assuré que le sentier était bien tapé.

On a mis quelques minutes à figurer comment attacher le sac IKEA d’Isabelle sur son traineau pour qu’il ne bascule pas à chaque virage, puis on est parties. Une neige bucolique tombait, il était environ 14 h 30, et on était heureuses!

Après une belle petite randonnée, la seule mini déception, lorsqu’arrivées au refuge, c’est que la météo ne permettait pas d’admirer la vue depuis le belvédère. Trop de brume! Mais c’était magnifique quand même, la neige dans les grands arbres, tellement tranquille et paisible, on n’entendait que le vent. À l’intérieur, de bonnes braises nous attendaient dans le poêle, grâce aux soins de l’employé qui s’est occupé d’apporter du bois. Repartir le feu a été un jeu d’enfant.

Du chili et des beignes

Marie-Claude, Guillaume et André sont arrivés comme prévu vers 18 h 30. Le temps qu’on se salue et qu’ils défassent leurs sacs, hop, on était en train de préparer le souper. Du chili! Accompagné de crème sûre, des avocats, des chips au maïs, c’était la totale du repas mexicain, en pleine forêt lanaudoise hivernale. J’adore les mixtes culturels. Pour le dessert, un pouding au chocolat grano de mon cru.

Et les beignes? Scusez-la, « les beignes », c’est un jeu de cartes. Vous connaissez? Le temps de s’organiser un éclairage de fortune et ça y était. On tentait de prédire le nombre de levées qu’on allait faire et on se chicanait parce qu’André trichait. Il faisait semblant de ne pas comprendre les règlements, mais on n’était pas dupes! En camping, on apprend à mieux connaitre nos amis…

La nuit, tous les lutins sont gris

Lorsqu’on est montés à la mezzanine pour se coucher, j’ai négligé d’apporter mes bouchons pour les oreilles. Je l’ai regretté. Mais, à ma grande surprise, ce n’était pas les mâles du groupe avec leurs grondements virils qui m’ont gardée réveillée les premières heures de la nuit. C’est mon amie Isabelle! Quelle ronfleuse! À 3 heures, n’y tenant plus et avec une vessie pleine comme ça, j’ai décidé de faire d’une pierre trois coups et de descendre chercher mes bouchons, aller aux toilettes (dehors !) et raviver le feu qui s’étiolait.

Je redoutais le froid à l’extérieur du refuge, d’autant plus que la météo annonçait une nuit glaciale à Saint-Côme. Je ne sais pas si c’est la chaleur accumulée grâce à mon sac de couchage qui m’a fait cet effet, mais j’ai trouvé ça très doux dehors. Et il y avait une vue magnifique sur les petites lumières du village, en plus des étoiles. Jamais un vulgaire trajet aux bécosses n’aura été aussi féérique. J’ai failli partir en randonnée nocturne…

De retour dans ma couchette, une fois les bouchons bien calés dans mes oreilles, j’ai pu enfin dormir jusqu’au matin.

Démasquée…

C’est très vilain les préjugés à l’égard des hommes. Je suis désolée d’avoir été aussi sexiste dans mes propos au début de ce récit. Guillaume et André n’ont pas ronflé. Du tout. En fait, c’est Isabelle… et MOI qui avons tenu les autres réveillés. C’est qu’une fois les bouchons dans les oreilles, j’ai scié du bois moi aussi. Ça doit être le côté historique du lieu qui a inspiré (scusez le jeu de mots) mes sinus à jouer aux bucherons. Ouais, c’est la faute aux fantômes des draveurs

La qualité des sentiers au parc de la Chute-à-Bull

Le lendemain, après un déjeuner hyper copieux, où nous avons abondamment parlé de sujets édifiants tels que les nouvelles visions de l’Union Paysanne au sujet de l’agro écologie (c’est qu’ils sont super branchés mes amis urbains!), on est partis explorer les sentiers du Parc de la Chute-à-Bull (pdf). Nous avons de beaucoup préféré ceux qui n’étaient pas entretenus mécaniquement. Mais on comprend que les employés puissent difficilement aller porter le bois de chauffage en raquettes dans les trois refuges… À quelques endroits, il y avait des bouts de sentier alternatifs pour les randonneurs seulement, on a choisi ceux-là.

Ce qui serait à faire une prochaine fois: allonger le trajet vers Saint-Côme, à la Halte à Normand, dans les chemins du Club de ski de fond et raquettes les Trappeurs.

Aussi, il y a le Sentier national qui est facilement accessible et qui offre également quelques beaux refuges. Bref, plusieurs options intéressantes se présentent ici aux randonneurs aguerris prêts à engloutir de nombreux kilomètres en forêt, voire partir plusieurs jours.

Sculpture sur glace version nature

Saint-Côme est reconnue pour son formidable festival de sculptures sur glace. Mais là, j’avoue que j’ai eu la mâchoire molle pour quelques minutes à admirer l’œuvre de dame Nature. La Chute-à-Bull en hiver, c’est majestueux de beauté. Le couple que nous avons croisé et qui a été trop paresseux pour enlever ses raquettes et descendre les escaliers jusqu’à la Chute, eh ben, ce couple-là a manqué le plus beau spot du parc. Tant pis pour eux!

Les autres refuges

En se rendant vers la Chute-à-Bull, on a visité le refuge des Draveurs. « On dirait une tiny house! » s’est exclamée Marie-Claude. Ce petit refuge de 4 places, tout mignon, était effectivement très bien conçu pour optimiser son espace. On a été un peu jaloux des matelas qu’on a vus sur la mezzanine. On n’en avait pas au Belvédère.

Sur l’heure du lunch, on est allés dîner dans le refuge du Gardien. Lui aussi, pour 4 personnes et tout mignon, offrait des matelas. Cet endroit où dormir doit être particulièrement magnifique pendant la belle saison, car directement au bord de la rivière. Mais au moment de notre visite, tout était tellement gelé et couvert de neige qu’on n’aurait pas deviné que le refuge était au bord d’un cours d’eau. Seul le pont pour s’y rendre vendait la mèche! Guillaume a d’ailleurs pu faire le singe sur sa balustrade, sans risquer de se noyer ni se casser le cou!

Une destination familiale

Juste avant de partir nous avons croisé un couple avec leurs quatre jeunes garçons et leur chien qui s’apprêtaient à prendre notre relève au refuge du Belvédère. Les animaux sont admis sur le site, c’est bon à savoir pour ceux qui n’aiment pas faire garder Pitou lorsqu’ils partent en nature. Et les sentiers sont vraiment bien adaptés pour les parents qui veulent initier leurs mioches à la randonnée. De courtes distances, beaucoup de choses à voir en suivant le cours d’eau, d’instructifs panneaux d’interprétations historiques sur la drave, et quelques chouettes « cabanes » à visiter. Ce jeune couple s’était fabriqué un impressionnant traineau en bois sur skis de fond pour transporter tout leur matériel sans avoir à charger le dos des petits.

Bilan au sujet des bagages

Lorsque j’ai interrogé mes co-lutins sur ce qu’ils considèrent être l’objet qui comporte le meilleur rapport qualité/poids dans leurs bagages, voici ce qu’ils m’ont dit :

  • Une tuque
  • Une paire de bas
  • Un couteau (opinel ou canif suisse)
  • Une lampe frontale
  • Un manteau en Goretex

Moi :

  • Les fameux bouchons d’oreilles. Minuscules et sans poids, ils ne font aucune différence dans le sac. Mais permettent de DORMIR! C’est énorme. Surtout si vous partez avec… moi… (Hem).

Mon deuxième choix :

  • Le papier de toilette! Hyper léger, et, pourrait-on s’en passer ?

Ce que j’ai apporté de trop dans mon baluchon :

Ma doublure en polar pour le sac de couchage était de trop. Nous n’avons pas eu froid du tout, mais il faut dire que nous nous sommes bien relayés pour entretenir le feu, malgré nos disputes et négociations concernant la quantité de bois à faire brûler…

Retour au bercail, en pleine tempête

Parc de la Chute-à-Bull, météo

Nous avons quitté tôt le Parc de la Chute-à-Bull car la météo s’annonçait difficile sur les routes. Les flocons tombaient à plein temps et ça s’accumulait vite! Les visiteurs qui nous ont suivis ont dû avoir de très belles conditions pour leur séjour, eux aussi.

À Saint-Côme, ce n’est pas la neige qui manque! Et j’ai déjà hâte de remettre ça. Comme me disait Isabelle, se réveiller de bon matin dans la forêt, ça rend heureuse notre nature sauvage trop souvent oubliée.

Marie-Jacques Rouleau
Résidente de Rawdon, blogueuse invitée par la Municipalité de Saint-Côme

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