En route vers le Temps des Sucres…

Je suis certaine que je ne suis pas la seule à aimer particulièrement cette période de l’année que nous appelons « le Temps des Sucres ». Après une longue phase d’hibernation, la nature se réveille enfin pour le plaisir de tous les amateurs du renouveau printanier et des délices sucrés.

Eau d’érable : merveille printanière !

Ahhh ! le printemps ! Probablement ma saison préférée ! Les températures augmentent, la neige commence à fondre et l’eau d’érable monte sous l’écorce de l’arbre afin de fournir l’énergie nécessaire pour relancer son métabolisme. Le Temps des Sucres ne peut être défini par des dates précises, toutefois il est caractérisé par des nuits de gel suivies par des jours de dégel. Idéalement, les journées ensoleillées détenant une température positive sont plus propices à une bonne coulée d’eau d’érable. Ce liquide translucide est composé à environ 98 % d’eau (d’où son nom très approprié…) et 2 % de sucres. Elle contient également, en infimes quantités, des acides organiques, des minéraux, des protéines et d’autres éléments comme des arômes.

Au printemps, les érables à sucre sont entaillés et un chalumeau est inséré dans l’incision laissée par la perceuse (quand j’étais jeune, mon père utilisait un vilebrequin. On dirait, par l’utilisation de cette tournure de phrase que j’ai 95 ans, mais non ! Du haut de mes 33 ans, j’affirme haut et fort que le temps passe vite). L’eau d’érable est alors récoltée à l’aide de chaudières ou par l’intermédiaire de tubulures. Évidemment, les acériculteurs chevronnés utilisent sûrement des moyens plus efficaces afin de parvenir à un résultat commercial, mais cet article est consacré à la version artisanale de cet art. Votre indulgence est donc requise quant aux termes utilisés.

Lorsque l’eau d’érable est recueillie, elle est portée au point d’ébullition. Elle devra bouillir jusqu’à ce que la teneur en sucre soit rendue à 66 degrés Brix (afin de permettre une conservation optimale du sirop pendant sa période d’entreposage). Le degré Brix est le poids en grammes de matières sèches contenues dans 100 grammes d’une solution dans de l’eau distillée.

Chaque litre de sirop produit aura nécessité entre 30 et 40 litres d’eau d’érable, dépendamment de sa teneur originale en sucre. La meilleure eau d’érable est celle qui contient la plus haute teneur en sucre, elle est souvent récoltée en fin de saison. Un seul arbre vous donnera en moyenne entre 35 à 38 litres d’eau d’érable. Le Temps des Sucres prend fin lorsque la sève commence à se mêler à l’eau d’érable, lui donnant ainsi un aspect trouble et blanchâtre et altérant son goût.

Histoires de familles…

Évidemment, plusieurs familles de Saint-Côme prennent plaisir à faire du sirop d’érable de façon artisanale. Mon père m’a souvent mentionné que son oncle Jean était réputé pour faire de l’excellent sirop d’érable. Il semblerait même qu’il en vendait, preuve que le produit était apprécié ! Kalina, sa petite-fille, corrobore ces dires. Ce dernier avait appris les techniques acéricoles de son père Joseph. À cette époque, l’eau d’érable était ramassée de façon plus ancestrale. Un tonneau en bois était attaché sur un traîneau qui lui, était tiré par un cheval. Mon oncle Jean considérait l’eau d’érable comme un liquide très précieux, il disait à ses petits-enfants : « Ne remplissez pas trop les chaudières, vous ferez deux voyages à la place ! ». Lorsque Kalina me parle de cette époque, il est évident qu’elle en conserve de très bons souvenirs. Ses yeux deviennent grands et brillants, probablement comme ceux de mon oncle Jean lorsqu’il voyait l’eau d’érable couler à flots dans ses chaudières au printemps.

Souvenirs d’enfance de Marie-Pier…

Dans le sud de la région, où il reste encore des parcelles de campagne, mes souvenirs de jeunesse du printemps sont les rigoles dans le chemin de terre, les ventres de bœuf, l’odeur de la fumée et bien sûr, le Temps des Sucres.

Tout était 100 % artisanal. Mon père se promenait en motoneige sur notre terrain afin d’entailler les érables et d’y apposer les chaudières le plus rapidement possible; avant que la rivière monte et que les plus gros érables soient inaccessibles à cause de la crue des eaux. Ensuite, venaient les allers-retours avec les chaudières de 5 litres remplies d’eau qu’on faisait bouillir sans arrêt dans un plus gros chaudron sur un feu de camp.

C’est clairement la méthode qui faisait en sorte que le sirop avait si bon goût. Comme quoi ce n’est pas nécessaire d’être grandement équipés pour produire du bon sirop ! Le moment le plus magique demeure la dégustation; pour savoir si le doux liquide était prêt à être embouteillé !

Souvenirs d’enfance d’Isabelle…

Imaginez une bouilloire et 10-12 individus dans cette minuscule cabane…

De mon côté, mes souvenirs d’enfance sont scindés en deux périodes… lorsque j’avais 7 ou 8 ans et actuellement. Je nous revois encore entassés comme des sardines dans la petite cabane en bois où la bouilloire prenait facilement plus d’espace que nous tous réunis. Il faisait chaud comme sous le soleil des tropiques et l’air était chargé de gouttelettes humides. On s’y concoctait un traditionnel « souper de cabane » et c’était l’occasion idéale d’inviter la famille de ma mère. Ce sont assurément de bons souvenirs gravés pour longtemps dans ma mémoire.

Par la suite, mon père a vendu la bouilloire et nous avons accroché nos chalumeaux pour quelques années. Jusqu’à ce que mon frère, devenu adulte, décide de recommencer la tradition. Tel que précédemment mentionné, nous n’avons plus de bouilloire, mais en hommes débrouillards qu’ils sont, mon père et mon frère ont « patenté » un attirail qui fonctionne à merveille. Évidemment pas pour une production commerciale, mais parfaite pour une production « juste pour le plaisir ». Mon père est briqueteur de métier, donc il a été très aisé pour lui de fabriquer ce foyer où l’eau d’érable est bouillie dans un grand récipient de fonte. C’est archaïque vous me direz et vous aurez raison ! Toutefois, nous prenons beaucoup de plaisir à nous entasser autour de cet amas de pierres pour discuter et attendre patiemment que l’eau d’érable se change en « réduit » et ensuite en ce précieux liquide qu’est le sirop d’érable.

Une activité à faire…

Saint-Côme regorge d’activités de toutes sortes, toutefois, nous n’y retrouvons pas de cabanes à sucre commerciales. Mais si vous possédez quelques érables à sucre, vous possédez également une belle richesse. Il est vrai que procéder à cette activité requiert du temps et des efforts, mais vous serai surpris des bienfaits rassembleurs qu’elle apportera à votre famille ! Elle vous permettra de prendre le temps de « prendre le temps », activité que nous ne faisons manifestement pas assez souvent !!!

Un merci tout spécial à ma collègue Marie-Pier pour ses précieux souvenirs !!!

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