Randonneux et canot volant

J’ai eu beau chercher le diable toute la journée, je ne l’ai pas trouvé. J’étais pourtant prête à signer un pacte avec lui anytime. Pas que j’avais besoin de sa magie pour me sortir d’une mauvaise passe, ni que j’avais la nécessité d’un raccourci quelconque dans ma vie. Non non. Je voulais juste vivre une aventure, digne des légendes les plus capotées qu’on raconte ici, à Saint-Côme. Pour le fun, tsé.

Faut croire qu’il faisait trop beau pour que le yiabe se pointe. Alors, j’ai eu affaire à François Chevrier à la place, l’un des proprios de l’entreprise « Au Canot Volant ». Pas mal moins dark, beaucoup plus rassurant!

François Chevrier - Canot Volant

François a été mon guide de la journée dans le cadre d’un forfait qui s’appelle Le rando-canot. On a fait 11 km ensemble. 5 km sur terre, 6 km sur rivière. Moi qui suis aussi en forme qu’une limace, j’ai été surprise de la facilité de cette sortie en plein air ! Je crois que François a mis de la poudre de perlimpinpin dans mes runnings à mon insu, et la pagaie qu’il m’a tendue dans le canot a probablement déjà servi à un voyage de chasse-galerie. En tout cas. Ça a été tout seul. J’ai pas vraiment forcé. Va savoir… Le forfait rando-canot est recommandé aux familles. Je suis d’accord!

Le trajet a commencé dans une van. François nous a conduits jusqu’au chemin Laporte. Un nom prédestiné, car sur ce chemin cher lecteur, chère lectrice, il y a une porte discrète (c’est sur votre droite) qui donne accès au sentier national, une portion qu’on appelle Swaggin.

Rando Canot - Sentier Swaggin

C’est qui ça, Swaggin?

L’histoire ne le dit pas. On soupçonne qu’il a dû y avoir, dans le temps ou Méphisto était plus présent, un personnage qui transigeait peut-être avec lui, au niveau de la foresterie et/ou de la drave. Mais comme M. Swaggin n’a laissé aucune trace, je ne peux pas vous l’affirmer hors de tout doute. Le mystère reste entier.

Mais en tout cas, le sentier, la rivière et les chutes qui portent son nom sont définitivement habités de magie. J’ai observé en quantité impressionnante des orchidées rares qui fleurissent une fois par quinze ans. J’ai vu des arbres qui poussent directement sur le roc, sans y mettre de racines dans le sol. Certains merisiers y filtraient une lumière surréelle, leur écorce avec des reflets métalliques. Des structures ressemblaient à des châteaux mystérieux. Vous ne me croyez pas? Eye. J’ai des photos comme pièces à conviction. Regardez, je ne suis pas une menteuse!

Et que dire de l’ambiance du marécage à la décharge du lac Clair ? Wow. J’adore ces paysages uniques qui témoignent d’anciens boisés d’arbres matures ayant existé avant l’inondation. Si les castors semblaient avoir déserté leur barrage, les pics-bois eux, s’empiffraient joyeusement. On les entendait à des lieues à la ronde. Tellement que j’ai presque ouï Pierre Bertrand chanter par delà la forêt. J’étais aux p’tits zoiseaux.

Des farfadets qui travaillent dans l’ombre

François est un homme d’affaires efficace, et s’il a l’occasion de joindre l’utile à l’agréable, il le fait. Nous n’étions pas seuls lui et moi. Nous étions quatre. La fille de François, Clémentine-la-lutine s’est joint à nous. Mais aussi, il y avait Simon Degrandpré, coordonnateur à la Société de développement des parcs régionaux de la Matawinie (SDPRM).

Rando-Canot Sentier Swaggin

De nombreux conciliabules ont eu lieu pendant la randonnée. François, qui est parrain de cette section du sentier national (c’est-à-dire qu’il en est la vigie bénévole pour contribuer à son entretien) a indiqué à Simon plusieurs endroits qui bénéficieraient d’améliorations, comme des passerelles en milieu humide, ou davantage de balises, notamment dans la portion qui longe les chutes et ses moult sites d’observation.

Simon a minutieusement relevé les points GPS de tous les emplacements qui ont capté son attention. Des arbres morts à couper, des sections de chemin à dévier. C’est qu’on besogne fort dans l’ombre pour nous offrir une expérience de qualité, à nous les randonneurs. Y pensez-vous quand vous parcourez des sentiers dans des parcs?

Après avoir été témoin de tout ce travail de coulisse, je leur suis pour toujours reconnaissante.

Une brochette de chutes

Avez-vous déjà entendu parler des chutes Swaggin? Elles sont toutes plus belles les unes que les autres! Vous voulez du bucolique? C’est la place! La première que vous allez croiser, c’est à l’endroit où on vous suggère de vous arrêter pour pique-niquer. Ouais, un ancien barrage de pierre surplombe de grands galets. On peut s’y étendre tels des lézards au soleil. Grosse vie sale. On était en juin, mais, si vous y allez en août, probable que vous pourrez agrémenter votre lunch de bleuets sauvages. Il y en a plein le long du sentier. Apportez-vous des contenants! Et si vous en profitez encore plus tard en saison, des sacs de papier seraient ben d’adon, pour la cueillette de champignons.

En reprenant le chemin après vous être ravitaillé, c’est alors que vous ferez connaissance avec la brochette de chutes qui s’égrainent le long de la rivière Swaggin. Allant du torrent qui déboule des caps rocheux sur plusieurs mètres à la piscine infinity naturelle, il y en a pour tous les goûts! Même si c’est la canicule, ça reste frais dans ce sentier. À l’ombre dans la forêt, et avec la bruine des eaux qui tombent, on est ben.

De la grande randonnée en Matawinie

La portion « rando » de l’excursion s’est terminée à l’arrivée au refuge Swaggin.

Rando-Canot Sentier Swaggin

Ce qui me fait penser que j’ai un super scoop qui m’a été donné par Simon Degrandpré! – roulements de tambours… – La SDPRM va bientôt offrir des « prêts à partir » sous forme de GR (grandes randonnées) comme on retrouve en Europe. Avec les 170 km de sentiers majestueux qu’on trouve en Matawinie, laissez faire l’avion gang! On reste au Québec!

– Ou alors, au contraire, prenez l’avion vous, oui, vous, le lecteur ou la lectrice qui me lisez de l’autre côté de l’Atlantique! Venez, venez! La Matawinie vous ouvre ses bras! –

Il y aura un service de navettes, des hébergements en refuge, et des trajets suggérés selon le temps que vous avez de disponible pour votre aventure. Des fiches complètes pour vous aider à organiser votre voyage seront mises à votre disposition. Les sentiers sont d’une beauté sauvage tout en étant bien entretenus et agréables à parcourir. Je vous invite à suivre la page Facebook pour être au courant quand l’info va sortir officiellement.

La petite descente de rivière, tout en douceur

Mais revenons à nos moutons… Passé le refuge Swaggin, on a eu quelques pas à faire en suivant les indications pour se rendre à la mise à l’eau. Tout le matériel nous attendait, ainsi qu’un bidon d’eau pour renflouer nos gourdes.

J’avais un peu d’appréhension à l’idée de faire 6 km en canot, car j’ai des tendinites chroniques aux épaules… Mais, pffff! Je n’ai eu qu’à me laisser porter par le courant (et par la force des bras de François aussi, j’avoue, quand même!).

Après quelques explications simples sur comment embarquer dans un canot sans chavirer, off we go, youhouuuu!

La rivière était basse, on aurait pu y marcher presque tout le long sans se mouiller les genoux. De quoi rassurer la fille en moi qui nage comme une roche!

Les berges sont habitées par des maisons et des chalets, avec quelques recoins plus sauvages. C’était quand même tranquille à souhait. J’ai vu un canard bec-scie partir au vol.

Cette descente bucolique nous a fait passer 5 petits rapides faciles, et plusieurs endroits où s’arrêter pour se reposer et/ou se baigner. Quelques collègues pagayeurs en profitaient en même temps que nous. D’ailleurs on trouvait tous qu’on faisait ben pitié… ;)

Pour les familles avec des enfants, un jeu de « cherche et trouve » animera les discussions tout le long, sur ce qui est naturel et ne l’est pas. Les illustrations des personnages sont la création d’un jeune artiste comien : Mathurin Gauthier.

Au Canot Volant, une entreprise rassembleuse

« Quand on descend la rivière L’Assomption, on est au meilleur endroit pour voir les travailleurs du nord faire de la chasse-galerie. » Parole de François Chevrier. C’est d’ailleurs pour ça que son business s’appelle « Au Canot Volant ».

Fondée en 2003, Au Canot Volant est la concrétisation d’un rêve du couple Paméla et François, tous deux diplômés de l’ITHQ. Alors établis à Saint-Côme depuis quelque temps, à l’origine pour contribuer au projet d’amis français qui avaient acheté une auberge dans le coin, François et Paméla ont cherché (et trouvé!) l’opportunité pour créer une entreprise de tourisme d’aventure. La rivière l’Assomption a chuchoté à leurs oreilles : « Moi, moi, moi! » Ils ont entendu, écouté.

 

« On a mis la pancarte sur le bord de la route et 10 minutes après, on avait nos premiers clients! ». Ayoye. La rivière avait raison.

Rando Canot - Sentier Swaggin - Canot Volant

Depuis ce temps, François a descendu ladite rivière pas moins de 450 fois. En 2007, il devient Moniteur en canotage et en sauvetage en eau vive de la Fédération québécoise de canot et de kayak. Ce qui lui permet de donner des cours de canotage en eau vive, en eau calme, et des cours de sauvetage en eau vive. Au Canot Volant est désormais l’un des plus importants sites de formation de la sorte au Québec.

Rando Canot - Sentier Swaggin - Canot Volant

Des milliers de personnes sont venues faire du canot, du kayak et de la randonnée à Saint-Côme grâce Au Canot Volant, et de nombreux clients sont fidèles et reviennent tous les ans.

Les familles de François et Paméla, pourtant pas pantoute originaire de Lanaudière, n’ont pas hésité à venir s’établir à Saint-Côme pour contribuer au projet de ce couple visionnaire. Faut dire aussi que Saint-Côme est une terre d’accueil difficile à résister. François y est d’ailleurs impliqué comme conseiller municipal depuis quelques années, c’est tout dire.

Et comme Saint-Côme est la capitale nationale de la chanson traditionnelle, et pour vous récompenser d’avoir lu ce billet jusqu’à la fin, voici une toune qui raconte une histoire de chasse-galerie.

Et si par chance (ou malchance?) vous rencontrez le diable près de la rivière, dites-lui un beau bonjour de ma part!

Marie-Jacques
Résidente de Sainte-Julienne
Blogueuse invitée


Autres billets reliés à celui-ci :
Sentier national — première partie
Sorties familiales à Saint-Côme à petit budget (même gratuites) !!!
Saint-Côme, la Mecque de l’eau vive printanière…
Cinq lutins et un refuge

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1 Comment

  1. projetsitewebk2cc

    Très intéressant a lire et qui sait un jour …..a vivre …..Merci!

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