Les hivers d’antan…

Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est l’hiver… – Gilles Vigneault

Considérant la rigueur de ce dernier hiver, je trouvais que ces paroles d’une chanson célèbre de M. Vigneault étaient en soi une belle introduction ! Toutefois, nous sommes privilégiés de pouvoir compter sur des équipements performants qui ne nous confinent pas à la maison trop longtemps. Il en était tout autrement dans un passé pas très lointain…

Je vous suggère d’y replonger avec moi l’espace de quelques instants !

Des heures et des heures de glissade…

Tout d’abord, à cette époque il n’y avait pas d’obligation d’installer des pneus d’hiver, donc plusieurs personnes ajoutaient des chaînes à leurs pneus d’été… ça devait créer un drôle de look ! En plus, il faut oublier les camions de sable tels que nous les connaissons aujourd’hui. Les routes étaient donc garnies d’une belle couche de glace. Évidemment, le célèbre proverbe  « Le malheur des uns fait le bonheur des autres » était des plus appropriés.

Famille Horace et Conrad Morin

En tout cas, les enfants du rang des Venne se réjouissaient de ces routes glacées. Mon père m’a raconté l’ingéniosité des enfants de M. Conrad Morin… Ils avaient ajouté des lames de patins sous leur traîneau. Cet ajout leur donnait assurément une longueur d’avance sur les traîneaux standards. Semble-t-il que du sommet de la côte blanche (1211, rang des Venne), ils pouvaient se rendre jusqu’au pont, ce qui représente une distance de plus de 850 mètres ! C’est tout de même impressionnant si on considère que la plus longue piste des glissades de Saint-Jean-de-Matha mesure 365 mètres ! Les adeptes de traînes sauvages, eux, se rendaient le plus souvent à la petite côte située devant l’adresse civique 1320. Pour les visuels, une petite promenade dans le rang des Venne s’impose !

Ce qui me fascine le plus avec cette époque, c’est de voir à quel point le contentement était mis à l’honneur ! Le samedi et les soirs de pleine lune étaient passés à glisser presque sans interruption. Certains enfants du rang mettaient à profit tout ce qu’ils avaient sous la main pour glisser, et ce, dans le but inconscient d’atteindre des records de vitesse. Eh oui, certains petits malins s’installaient sur un « hood de char » afin de dévaler le coteau situé à proximité de leur demeure ! Plaisirs garantis !

Dans la même ligne de pensée, ma collègue Kalina m’a fait part d’une tranche de sa vie. Elle a un souvenir mémorable d’un soir de glissade au clair de lune. Son oncle Marcel avait changé ses électroménagers et ils avaient tous décidé d’utiliser les grandes boîtes de carton pour glisser dans ce que nous appelions couramment « le coteau chez Bill », la côte située à proximité de la maison appartenant anciennement à M. William Petty. C’est bien pour dire que les plaisirs simples de la vie laissent des souvenirs marqués à jamais dans notre esprit.

L’envers de la médaille : le travail au bois…

Évidemment, les nombreux apports de neige apportaient également leur lot d’inconvénients. En 1959, suite à une importante tempête de neige, le chemin pour se rendre au Lac Clair était bloqué, ce qui empêchait les bûcherons de se rendre à leur travail. Toutefois, les chevaux qui étaient laissés dans une étable à proximité devaient tout de même être soignés. Mon père a creusé dans ses souvenirs et il m’a raconté que mon grand-père et son frère s’étaient attelés de leurs raquettes et étaient partis au petit matin pour s’y rendre. Ça représentait toute une promenade ! Pour les natifs de Saint-Côme, imaginez le topo : départ du rang des Venne, près de la 130e Avenue, ils ont par la suite emprunté le chemin de la Ferme jusqu’à la rivière Swaggin, longé la rivière en direction nord-ouest jusqu’au Lac Clair et traversé le Lac pour se rendre à la côte au bout de ce même lac. Rendus à destination, ils ont employé leur temps à nourrir et à abreuver les chevaux. Ils y sont restés toute la journée afin de pouvoir les nourrir de nouveau le soir. Ils ont ensuite fait le chemin du retour. Tout ça dans la même journée ! Il me semble que ça m’aurait pris une semaine, en tenant pour acquis bien sûr que je ne me perde pas durant le trajet en forêt !

 

Trajet effectué en raquettes pour aller soigner les chevaux…

 

Certains hivers étaient pourvus d’une quantité astronomique de neige, ce qui rendait le travail au bois des plus ardus. Les gens de cette époque travaillaient tellement fort pour gagner leur pitance. Durant un de ces hivers, M. Florian Venne bûchait en compagnie de son fils Bernard. Il y avait tant et tellement de neige que Bernard devait ouvrir le chemin à la pelle avant le passage du cheval. Durant la nuit, le passage devenait plus solide et le lendemain, M. Venne et son cheval pouvaient circuler avec un peu plus de facilité. Quand on y pense, c’était un travail des plus laborieux ! Faire un passage de deux pieds de largeur par approximativement la même hauteur sinon plus, et ce, durant toute la journée. Et évidemment, ce travail n’a pas été fait seulement pendant une journée, il s’est étalé sur des semaines. Que d’efforts ont été déployés par nos prédécesseurs, c’est à peine croyable pour les gens de notre génération. C’est impératif de s’attarder sur cette vie d’avant afin de nous aider à chérir la chance que nous avons actuellement d’avoir des routes bien entretenues et déneigées dans un très court délai.

Les allers retours à l’école…

Tel que mentionné au début de ce billet, les enfants appréciaient les joies des chutes de neige quand le temps était à la glissade, mais lorsqu’il s’agissait de se rendre à l’école, c’était une autre paire de manches ! Imaginez-vous avec vos petites jambes courtes, devoir marcher dans la neige jusqu’aux genoux sur 3.4 kilomètres. et ce, matin et soir… Ça semble absurde, non ? Pourtant c’était la réalité des enfants de M. Roger Morin. Ils demeuraient sur la 284e Avenue (Domaine du Nord) et se rendaient à l’école du rang des Venne tous les jours. Ça devait être vraiment ardu pour eux. Évidemment, les histoires que je connais sont celles partagées par ma famille, mais tout un chacun ayant vécu à cette époque doit se reconnaître dans cette réalité difficile qui était la leur. Je lève mon chapeau à tous ces enfants qui devaient parcourir de longues distances à pied, au froid et dans la neige. Notre réalité à nous, progéniture issue des années 1980, était tout autre et pourtant, nous trouvions parfois le moyen de nous plaindre.

En bref, ce billet sert à nous rappeler à quel point nous sommes privilégiés aujourd’hui de pouvoir bénéficier de routes aussi bien entretenues. Il est vrai que parfois, les apports de neige modifient nos allers et venues mais règle générale, nous sommes assez libres. En tout cas, je ne me souviens pas d’avoir été cloitrée à la maison durant plusieurs jours à cause de la neige. Ça doit être parce qu’il y a eu une nette amélioration entre le déneigement à l’époque de mes grands-parents et ce à quoi nous sommes habitués de nos jours. Donc, quand l’envie nous prend de critiquer le travail entourant la gestion de la neige et des intempéries, ayons une petite pensée pour nos parents et grands-parents qui ont vécu à une époque où cette réalité était tellement plus ardue et pénible. Je me propose même de pousser l’audace encore plus loin : pourquoi ne pas remercier tous ces hommes (et femmes) qui nous aident à passer un meilleur hiver en effectuant le déneigement et le sablage des routes et de nos entrées privées !

Pour ma part, je pense au printemps à partir de la fin décembre donc j’ai vraiment hâte que cet hiver laisse la place à la verdure et au temps doux. En attendant la tempête des sucres, des corneilles et des carrosses (en espérant qu’elles soient déjà passées…), je pense à mon jardin et au plaisir que j’ai à regarder pousser tous ses semis et au final, à procéder à la récolte tant espérée !

 

Photo de couverture : Enfants glissant dans la côte à Lippé
M. le Maire Martin Bordeleau m’a raconté que sa grand-mère fredonnait une chanson qui disait : Nouvelles agréables… le traîneau de Baptiste est cassé… il a pris une débarque dans la côte à Lippé…

Je tiens à remercier le Comité Historique de Saint-Côme pour les photos insérées dans ce billet.

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